Ricardo Petrella, sociologue et fondateur du « Groupe de Lisbonne », est une personne en avance sur son temps parce qu’il avait déjà rédigé en 1996 le « Manifeste de l’eau » et, douze ans plus tard, il participe à l’Expo de Saragosse pour présenter un « Manifeste de l’eau » pour le XXIe siècle.
« Les choses empirent, l’eau est capitalisée et devient l’or bleu des multinationales », dénonce l’auteur, qui constate que les paradigmes politiques du siècle glissent vers d’autres paradigmes qui profitent uniquement aux plus riches. Un exemple est la faim ; si l’on parlait il y a quelques années d’éradiquer la pauvreté, on parle aujourd’hui de la réduire. Un autre exemple, selon Petrella, est la « sécurité ». Il s’agit de l’idée principale de grandes puissances comme les États-Unis, une « sécurité » qui favorise uniquement la survie d’un modèle de croissance qui est totalement insoutenable.
« Les personnes ne sont plus des êtres humains, mais des ressources ». L’expert affirme que les valeurs humaines se perdent et que nous sommes uniquement analysés pour notre capacité en tant que travailleurs. Une personne est utile tant qu’elle génère de la richesse.
Dans un sens plus positif, il a déclaré que le changement climatique est une opportunité pour sensibiliser les classes politiques parce que, malheureusement, selon lui, l’ONU a perdu son pouvoir face aux « classes dominantes ».
Il a également cité le cas de Global Compact. Il s’agit d’une initiative provenant des Nations-Unies et qui invite les grandes entreprises à formuler des solutions sur le problème de l’eau. Le président actuel est le président de Coca Cola. Chaque bouteille de cette boisson consomme environ dix litres d’eau douce, et environ 137 milliards de bouteilles sont produites par an. C’est ce que l’auteur définit comme la « cocacolisation ». « Et il se produit la même chose avec Nestlé, Danone, Unilever… », selon Petrella.
Face à cette situation, l’écrivain défend la protestation et la mobilisation sociale en tant que moyen adéquat de promotion du changement.
Cependant, le sociologue a quitté l’Agora de la Tribune de l’eau en disant que l’avenir n’est pas encore fini et il a rappelé une citation de Victor Hugo : « Lorsqu’une école s’ouvre, une prison se ferme ».
